Même un bébé sait mieux apprendre la Voie que vous !
- 25 mars
- 4 min de lecture
« En pratiquant vous comprendrez que, peut-être, il n’est pas nécessaire de comprendre » Kawaishi Mikinosuke – Père du Judo Français (Clique ici pour visionner mon documentaire sur Kawaishi Sensei)
Je suis bien d’accord avec cette phrase du père du Judo français qui nous montre la voie : la voie martiale n’est pas une voie de théorie ou une suite d’équations où nous devons nous poser 10 000 questions pour progresser… alors qu’en réalité, si nous nous posons 10 000 questions, nous ne progressons pas, nous stagnons dans le bruit de nos propres pensées. L’art martial forge l’esprit, le mental. Certes, il est important d’avoir une culture martiale (Bun Bu Ryo Do : les arts de la guerre et les arts des lettres ne font qu’un), mais la voie martiale est avant tout une voie du corps. On forge le mental au travers de la gestuelle martiale, mais nous apprenons, comprenons et assimilons aussi par le corps.

Nous vivons dans une ère de l’intellect, de la sur-information, mais l’art martial ne se plie pas aux exigences de chacun. Elle forge l’individu. Mais l’art martial c’est aussi revenir à l’essence de l’homme et cela passe par sa manière d’apprendre car en réalité, cette capacité d'apprentissage par le corps sans comprendre est notre état naturel. Notre apprentissage primaire… mais nous l'avons oublié, noyé sous des couches de logique. Vous allez vite comprendre ce que je dis.
Nous avons tous été bébés…
Eh bien, un bébé… on ne lui donne pas de cours de biomécanique pour qu'il tienne debout. On ne lui explique pas le centre de gravité ou l'angle de poussée du fémur pour qu’il marche. Il a regardé ses parents, les enfants, les adultes autour de lui et a fait. Il regarde, il imite, il tombe, il se relève, il observe, il s’épuise, recommence encore et encore, puis marche. Il ne se demande pas pourquoi la gravité l'attire au sol, ni pourquoi son pied se pose de telle manière… Si le bébé avait l'esprit d'un adulte, il serait prisonnier de l'analyse « X-Y-Z » et resterait assis toute sa vie, paralysé par la reflexion et les questions. Le bébé a prononcé ses premiers mots sans qu’on lui dise comment faire: il a regardé, imité, progressé, puis parlé sans même savoir comment il faisait… Toutes les bases de la vie nous ont été apprises sans les comprendre. Nous avons appris par l’imitation, la répétition et l’action…
La voie martiale est de même… elle est ce retour à l'enfance. Elle passe par l’observation, l’imitation, la répétition, l’action et la confiance dans la voie, dans son école et son Sensei. C’est ça le fameux Shoshin ! Faire sans chercher à comprendre, faire pour apprendre, faire pour assimiler, faire pour améliorer sans se poser de questions. Shoshin : l’esprit du débutant (l’esprit du bébé qui apprend à marcher sans être polluer de pourquoi et de comment).

À titre personnel, mon Sensei, qui est aussi mon père, ne m'a jamais transmis un Kata ou une Waza par de longs discours ou de grandes théories sur le maniement d’une arme… Il faisait, je regardais. Il agissait, je ressentais. Je n’ai jamais appris en lui posant 40 000 questions. Regarder, recopier, faire. Recevoir, ressentir, restituer… Voilà comment je pratique, apprends et évolue sur la voie martiale Bugei Kokoro Ryu sans discontinuer depuis mes 3-4 ans (j’en aurai 32 en juin).

Certains protesteront: « Oui, mais l’élève a le droit de se poser des questions, de remettre en question, de douter… » (le parfait chemin pour finir avec un beau complexe d’Œdipe…) Nous pouvons même en voir contester avant même de maîtriser…. Le questionnement prématuré est un piège pour l’ego. Cette phase-là de « questionnement », de recherche approfondie, se fait bien plus tard (Shu - Ha - Li). Dans la danse, les plus grands ne cherchent pas à comprendre la mécanique, ils cherchent l'émotion et le mouvement pur. George Balanchine, l'un des plus grands chorégraphes de l’histoire, disait :
« Ne réfléchissez pas, faites ! Vous devez d'abord le faire. La danse, c'est le mouvement. Qu'est-ce que vous attendez ? Une explication ? Il n'y a rien à expliquer. Le mouvement est une explication en soi. »
On peut comprendre le mécanisme de la marche bien après avoir couru un marathon. On peut analyser la syntaxe bien après avoir appris à parler. Pourquoi ne serait-ce pas la même chose pour l’art martial ?
Apprendre un art martial, c’est apprendre par le corps, et après le cerveau comprendra. Assimiler par le subconscient, analyser par le conscient plus tard. Agir avec le cœur, comprendre par la tête ensuite. Car l’art martial est une voie pour nous déstabiliser, nous faire sortir de notre zone de confort… Cela ne pourrait donc pas commencer dès la façon d’apprendre ?
Lis, applique, puis comprends plus tard…



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