RÉGIS GALLAND

6ème Dan Renshi (Okinawa, Japon) de Uechiryu Karatédo Kenyukaï

et pratiquant de Kenjutsu de l’école Hyoho Taisharyu, Koryu

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Régis GALLAND. Né dans le Jura en 1968, j’aurai 52 ans cette année.

Je suis fonctionnaire dans la police nationale depuis 1990, pratiquant d’arts martiaux depuis 1987 et professeur de KaratéDo depuis 1997, actuellement 6ème dan Renshi (Okinawa, Japon) de Uechiryu KaratéDo au sein du Kenyukai.

Je suis également pratiquant de Kenjutsu de l’école Hyoho Taisharyu, Koryu (école ancienne de samourai) située à Yatsushiro (Kumamoto, Japon).

Racontez-nous vos débuts dans le monde des arts martiaux. Comment êtes-vous arrivé à la pratique des arts martiaux ? Par quel art ? Quel maître ? Quel dojo ?   

J’ai tout d’abord débuté en autodidacte, puis avec l’aide d’un ami laotien qui était ceinture noire de Taekwondo et pratiquant de Boxe Thaï. Il m’a fallu attendre mes 19 ans et mon affectation à Paris, dans le cadre du service militaire, pour franchir la porte d’un dojo.

Il s’agissait d’un club de Karaté Shotokan. A la fin de mon service militaire, j’ai rejoins l’école nationale de police de Chatel-Guyon (63) et j’y ai poursuivi la pratique du Karaté Shotokan. J’ai pris mes fonctions à Paris et résident dans l’Oise, j’ai rejoins le dojo de Pascal et Dominique DEWEVRE, professeurs de karaté du style Shito Ryu. Bien qu’occidentaux, ils avaient une solide connaissance du Karaté Do et furent de très bons pédagogues. Toutefois, je ne me sentais pas vraiment à l’aise avec ces styles.

 

En 1992, j’ai assisté à une démonstration des Maîtres du Karaté d’Okinawa lors du festival d’arts martiaux de Paris-Bercy...ce fût une totale révélation  !! J’ai découvert enfin le Karaté qui me faisait rêver, celui qui allait devenir la pratique d’une vie ....

J’ai rejoins le dojo du Uechiryu Kenyukai, situé au Sporting Club Académie dans le 20 ème arrondissement de Paris. Les cours étaient dispensés par Takémi TAKAYASU Sensei, à l’époque 7ème Dan. Un Karaté Do dans la plus pure tradition d’Okinawa, et un maître exceptionnel tant par son niveau de maitrise que par sa gentillesse légendaire.

Tout en pratiquant le Uechiryu Karatédo, je me suis intéressé à d’autres arts martiaux, dont l’art du Kyusho et le Ryukyu Kobudo, durant de nombreuses années.

En 2015, je me suis rendu à un stage de kenjutsu de l’école Taisharyu dirigé Me Takahiro YAMAMOTO. Depuis, j’en suis devenu l’un des membres.

Qu'est ce qui vous a plu ? Ce qui vous a fait aimer les arts martiaux ?

Ce qui vous a poussé et continue de vous pousser à continuer ?

Les arts martiaux vous incitent à une remise en question perpétuelle.

Rien n’est jamais réellement acquis, et lorsque l’on pense avoir compris ou maîtriser un aspect de la pratique, c’est une autre porte qui s’ouvre .. et ainsi de suite…

Contrairement à la pratique du sport qui vous fait comprendre que, malheureusement vos facultés physiques n’iront pas en s’améliorant avec le temps, le Bujutsu, le Budo, valorisent vos capacités et vous laissent entrevoir d’autres possibilités de progression qui ne tiennent pas compte de l’âge.

 

Ce qui me pousse à continuer aujourd’hui… la passion tout simplement !

Pour vous, qu'apportent les arts martiaux sur le point de vue physique, mental et spirituel ?

Je pourrais résumer cela en 3 mots : LA SANTE sur le plan physique, LA CONFIANCE sur le plan mental et LA REALISATION de soi dans le domaine spirituel.

Par santé, je veux dire qu’une pratique régulière permet de développer et améliorer ses capacités physiques, que ce soit pour la musculature, la souplesse du corps, le cardio-respiratoire, l’aspect énergétique… de maintenir une bonne santé. La pratique des arts martiaux induit également une confrontation aux autres ainsi qu’à soi-même. De fait, avec le temps on apprend par exemple à maîtriser le stress face au danger, contenir ses émotions, mieux se connaître, et développer diverses facultés liées au combat, …tout ceci apporte la confiance.

Quant au domaine spirituel, il s’agit d’un plan qui transcende celui de la pratique purement physique. Il s’agit non plus de vaincre un adversaire, mais de comprendre ce qu’est réellement le sens profond de notre vie.

Avez-vous des références de maîtres ?

Des exemples qui vous ont motivé et qui vous motivent toujours ?

Pour la sagesse de leurs propos et leur clairvoyance, Miyamoto MUSASHI bien sûr, Lao Tseu, …

Pour leur vécu et ce qu’ils ont apportés, Kanbun et Kanei UECHI, Bruce LEE, Henry PLEE,..

Evidemment mes professeurs actuels (Me Kiyohide SHINJO pour l’Uechiryu karatédo et Me Takahiro YAMAMOTO pour le Taisharyu Kenjutsu) sont également des exemples pour moi au quotidien.

 

Toutefois l’unique personne qui fût réellement mon mentor, et restera l’exemple parfait du Maître de Karatédo, est Takémi TAKAYASU Sensei, 8ème dan Kenyukai Uechiryu Karatédo.

Régis avec Kiyohide SHINJO

Régis avec Takahiro Yamamoto

Vous êtes élève et proche de Kiyohide SHINJO Sensei, 9 th dan Hanshi, Kenyukaï Uechiryu karatedo Kaicho, une légende du Karate. Pouvez-nous parler de ce maître ?

Kiyohide SHINJO Sensei est un personnage vraiment atypique et très charismatique.

A Okinawa, comme dans le monde entier, il est très populaire et surtout respecté de tous, y compris de ses pairs. Ses très nombreux succès lors des compétitions qui se sont déroulées dans les années 70’ et 80 (où l’engagement était total à l’époque) lui ont valu le surnom de « superman d’okinawa ». C’est effectivement une « légende vivante ».

Le maître dégage une énergie peu commune, son regard est à la fois transperçant et bienveillant. Il enseigne un Uechiryu KaratéDo à son image, à la fois pur et dur, qui ne laisse ni pas place à l’erreur ni à la faiblesse. Avec son frère Narihiro, moins médiatique mais tout aussi impressionnant, ils perpétuent l’esprit et la technique de l’UechiRyu KaratéDo que leur a inculqué leur père Seiyu Shinjo (qui fût l’élève de Kanbun Uechi, ami et partenaire d’entrainement de Kanei Uechi) dans le cadre de l’organisation internationale « Kenyukai »

Au fil des années, Shinjo Kiyohide Sensei est devenu un excellent ami avec qui j’entretiens des relations très privilégiées.

Régis au Dojo de Kiyohide SHINJO avec celui-ci 

Vous pratiquez l'Uechi Ryu KaratéDo. Pouvez-vous nous parler des spécificités de cet art ? Son origine ? Les maîtres d'Okinawa de référence ?

L’Uechi Ryu Karaté Do est l’un des styles majeurs d’Okinawa, avec le Shorin-Ryu et le Goju-Ryu.

Son origine provient du Pangaïnoon, qui fût une synthèse des styles de la Grue, du Tigre et du Dragon du sud de la Chine.

Shu Shi Wa expert chinois de Pangaïnoon l’enseigna à Kanbun UECHI qui l’introduit par la suite à Okinawa.

Son fils Kanei UECHI, a poursuivi son développement, l’a modernisé et l’a popularisé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Uechi Ryu Karaté Do est un karaté très martial ..  il est redoutable d’efficacité !

 

A l’instar de tous les arts martiaux et sports de combat, le style est présent au sein de plusieurs organisations, que ce soit à Okinawa comme sur le plan international d’ailleurs.

L’Uechi Ryu Karaté Do privilégie le combat à courtes et moyennes distances (distance de saisie).

Il utilise tout un arsenal de techniques, avec une forte proportion de l’usage de la main ouverte, des jointures (shoken tsuki, boshiken,..), des sokusen (frappes avec les orteils), coudes, genoux….

Les cibles sont prioritairement les points de pression (kyusho) et articulations.

On notera un usage important de mouvements circulaires, notamment dans les blocages (Hirate Mawashi Uke,..) et déplacements (Tenshin)

Le kata Sanchin est le kata de base de l’école, mais c’est assurément le plus important de tous.

A l’instar des autres styles d’Okinawa, Kote Gitae (endurcissement du corps), ainsi que la musculation traditionnelle sont essentiels dans l’entrainement.

Kanbun Uechi

Vous pratiquez également le sabre de l'école Taisharyu Kenjutsu avec Takahiro Yamamoto Sensei.
Pourquoi pratiquer le sabre en plus de votre Karate ? Sont-ils complémentaires ?

Qu'apporte l'un à l'autre ? 

Cette question est pertinente et je suis très heureux que vous me la posiez.

Tout d’abord, il faut comprendre que l’esprit du karaté est similaire à celui du samouraï.

Il s’agit plus que d’une simple complémentarité. Si le Karaté Do et le Ryukyu Kobudo sont complémentaires par exemple, l’art du Kenjutsu s’inscrit dans une autre logique, dans une continuité qui doit nous mener à dépasser le physique pour rejoindre le spirituel.

Je dis souvent à mes élèves « si le Karaté Do nous fait travailler au cm, le Kenjutsu nous rapproche du mm ». En Karaté Do, une erreur dans le combat peux ne pas être préjudiciable …

En Kenjutsu, la moindre erreur et vous y perdez la vie !  . Outre « Zanshin » (état de veille et constante concentration) Le Kenjutsu vous oblige à une utilisation complètement différente du corps, tous les détails ont une importance capitale, les mouvements ne sont pas séquencés comme dans le karaté, le katana fait parti intégrante du corps, le but à atteindre étant l’union du corps et de l’esprit, le vide mental…

Pratiquer le Kenjutsu a nettement amélioré mon Karaté, celui-ci est devenu plus précis. Le Karaté quant à lui soutient ma pratique du sabre, par ses qualités de patience, de mémorisation, de mental..

Que représente la ceinture noire pour vous ?

La ceinture noire est le but que tout débutant souhaite obtenir en commençant les arts martiaux.

Pour le néophyte, elle est synonyme de haut niveau de pratique et donne l’image du combattant émérite, invincible…. Or il n’en est rien ! Elle n’est juste qu’une simple étape car le chemin qui reste à parcourir après celle-ci est bien plus long et difficile.

D’ailleurs combien s’arrêtent après avoir obtenu ce fameux sésame…. Était t’on moins bons quelques secondes avant l’examen du Shodan, lorsque nous étions 1er kyu (ceinture marron) et meilleur juste après l’examen réussi ? La nature de l’homme est ainsi faite qu’il a besoin d’objectif à atteindre pour évoluer. L’obtention d’un grade satisfait donc forcement son égo et l’aide à poursuivre, mais il doit très vite oublier cela en poursuivant encore plus durement ses entrainements.

En plus de votre pratique en tant qu’enseignant, avez vous une routine personnelle chez vous?

Se restreindre aux quelques pratiques hebdomadaires au dojo limitera forcément votre progression, surtout si vos élèves et professeurs sont éloignés géographiquement, comme c’est mon cas. En ce qui me concerne je vis et pense « arts martiaux » au quotidien, de fait je m’astreins non seulement à un entretien physique, mental et technique réguliers, mais je fais également diverses recherches par la lecture de certains ouvrages, la méditation Zen, ainsi que par d’autres pratiques connexes telles que l’art du Shodo (la calligraphie japonaises,..).

Quelle est la place des KATA dans le Karate, dans votre Karate ?

La pratique et je dirais même plus, l’étude du Kata est primordial dans le Karaté Do et ce, indifféremment des styles.

C’est ce qui différencie le sport de combat de l’art martial. Non seulement il a permis la préservation des principes, des stratégies et des techniques de chaque école et courant, depuis de très nombreuses décennies, mais il contribue par son étude à l’évolution technique et mentale du pratiquant. Comme dans le Bujutsu, tous les secrets du Karaté sont dans les Katas.

Le Uechi Ryu Karaté Do compte 8 katas officiels, ainsi que deux enchaînements techniques (Kyu Yakuso Kumité et Dan Yakuso Kumité) qui se pratiquent à deux (Tori et Uké et vice-versa).

Quelle est la place des saluts, du cérémonial Reishiki dans les arts martiaux?

Quel regard portez vous dessus?

Reishiki est commun à tous les dojos japonais. Il revêt souvent un protocole différent suivant les écoles, les styles…

Mais il est partie intégrante de ceux-ci. Il garantit par sa pratique que ce soit au début, durant et à la fin du cours, le respect de tous et entre tous. Intemporel, il est le lien subtil qui unit par la pensée, la prière et le salut, les diverses générations passées, actuelles et futures.

C’est bien plus qu’une simple forme de politesse ou de remerciement.

Vous êtes allé de très nombreuses fois à Okinawa. Pouvez-nous parler de l'esprit qui habite l'île ?

Est il facile de passer la porte des Dojo d'Okinawa ? Que vous a apporté ces voyages à la source du Karate ?

Effectivement, je me rends sur l’île d’Okinawa très régulièrement. Je dirais même que la fréquence s’accroît chaque année, au point même qu’avec ma compagne nous y possédons un pied à terre. Je suis réellement tombé sous le charme des Îles Ryukyu mais l’expliquer avec des mots n’est pas chose aisée car il s’agit d’un ressenti qui m’est propre et qui peut être différent selon chacun. Un peu à l’image des habitants d’Îles tropicales, les okinawaiens (ou okinawanais) sont des gens qui, loin du stress, affichent une forme de quiétude et de sérénité, une force tranquille !

Lorsqu’on se promène dans les villages où sur des îles moins médiatiques, telles que Kudaka, Taketomi, Ishigaki, Miyako …. on découvre des paysages grandioses, où le temps semble s’être arrêté.

En ce qui concerne les Dojos, on ne rentre pas en leur sein comme dans un supermarché. Regarder, même quelques minutes un cours à l’entrée du dojo n’est pas envisageable. Il est obligatoire d’être parrainé ou d’avoir eu quelques échanges avec le Maître ou le responsable de l’organisation au préalable. Toutefois, si le Maître a accepté votre requête, il vous sera toujours réservé un excellent accueil.

Se rendre sur le lieu originel du Karaté Do permet d’en saisir son essence.

L'enseignement martial des Dojo d'Okinawa est il différent de ceux en France ?

Oui il y a quelques différences notoires.

En France, il est enseigné dans la plupart des dojos un karaté qui insiste sur la pratique sportive et éducative, au détriment d’une pratique martiale. Ainsi les professeurs et leurs élèves ont pour objectifs l’échéance des différents passages de grades ou des prochaines compétitions. Si de nombreuses compétitions ont également lieu à Okinawa, un karaté plus traditionnel y est enseigné. Les maîtres essaient de préserver les formes techniques et maintenir un état d’esprit similaire à ce qui leur a été transmis par leurs aïeux.

Mais plus que tout ce qui est surprenant à Okinawa, c’est le comportement des jeunes élèves qui contrairement à l’occident, ne posent que très peu de questions, acceptent sans émettre une quelconque remarque les difficiles exercices et la rigueur demandée par leur maître. Une fois je me suis permis de dire à Maître Shinjo, le voyant interpeller durement l’un de ses jeunes pratiquants, que si je me permettais la même chose en France, je finissais en garde à vue…Le Maitre m’a sourit.. Là-bas, les parents qui assistent parfois aux cours de leurs enfants, font totalement confiance aux Maîtres.

Comment se passe un Keiko dans un Dojo d'Okinawa ?

Tout d’abord, il faut savoir que la plupart des dojos de l’Ile sont en général de tailles restreintes (hormis le « Kaikan » immense espace culturel récemment créé, dédié à la pratique du karaté do et du Kobudo d’Okinawa, dans le cadre de cours, stages et compétitions)

Le Keiko peux varier d’un dojo à l’autre, en fonction des styles, des maîtres, des organisations…

L’échauffement ne prends en général pas une part très importante du cours (10 à 20 mn tout au plus)… il faut dire qu’en général, le climat est souvent très chaud et humide, d’ailleurs la porte du dojo de Maître Shinjo à Yomitan est constamment ouverte, même l’hiver.

Considérant probablement que les élèves doivent s’entretenir physiquement à l’extérieur, mais également que la pratique essentielle du karatédo se suffit à elle-même et qu’il n’est pas judicieux de rajouter de la course à pied et autres exercices d’échauffement, après quelques brefs exercices, on commence très rapidement par les exercices de base dénommés « Hojo Undo ». Ensuite les élèves travaillent par groupe de niveau, lorsque certains pratiquent les katas sous le regard du maître, les autres s’entrainent aux exercices de musculations (Makiwara, Nigiri Game…), Bunkai (application pratique du Kata), les cours se terminent par les Koté Gitae (endurcissements du corps) et le Kumité (combat).

Ceci n’est évidemment qu’une trame général, parfois le maitre insiste plus sur l’un de ses aspects.

Quels sont vos projets ?

J’ai de nombreux projets qui sont actuellement en cours de réflexion, voir même d’élaboration. Toutefois comme il s’agit de « projets » je préfère ne pas les évoquer quant à présent. Le temps viendra d’en parler lorsqu’ils seront réalisés. Néanmoins, beaucoup connaissent ma passion et l’amour que je porte au Japon.

Ma fin de carrière professionnelle approchant à grands pas, j’irai naturellement m’installer la-bas et rejoindre ainsi mon épouse, qui est de nationalité japonaise. Avec son soutien et l’aide d’amis locaux, j’espère ouvrir un dojo afin d’y enseigner mes disciplines de prédilection. Je reviendrai cependant régulièrement dans notre pays afin d’y animer quelques stages et suivre la progression de mes élèves et amis.

Un mot pour la fin ? Quelque chose à rajouter ?

Je profite de l’espace que vous m’accordez, pour remercier à la fois les Maîtres, Professeurs, élèves qui ont tous contribué, à un degré ou un autre, à mon évolution dans le milieu des arts martiaux.

Je vous remercie également pour cet excellent échange.

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